24 janvier 2006

Sport attitude

Je met ce billet dans "santé et bien-être" car il s'agit du récit d'un "mauvais-être" si je peux dire. Ce billet m'a été inspiré par la conversation de cet aprem avec Emma et Marthe, où l'on s'est découvert un sacré point commun: la haine de l'EPS.
Pour moi, les souvenirs d'EPS du collège et du lycée se classent en deux catégories:
-ceux pour qui ça a la forme de séances récréatives où l'on se donnait à coeur joie, avec pour seul objectif de courir plus vite que le voisin, de faire gagner son équipe et de passer la baballe (ou pas) à ses "camarades" (c'est le terme employé par les profs!).
-ceux pour qui EPS rime avec faiblesse, et qui traduisent le sigle par "Entrée libre Pour Sévices".
Je faisais partie de la seconde catégorie
Mise en condition: EPS le mardi de 14 à 16h et comme si ça ne suffisait pas, deux heures de + dans la semaine (en 6ème uniquement, apès, en 5ème, ça passe à 3 heures!).
Déjà, à 13h50, symptômes flagrants: jambes cotonneuses, accélération du rythme cardiaque, à mesure que vous approchez des vestiaires. Vous vous changez aussi lentement que vous le pouvez, pourtant arrive le moment fatal où tout le monde se retrouve au gymnase.
Aujourd'hui, c'est sport co, comprenez "collectif", comprenez "certains sont désignés chefs d'équipe et choisissent un à un les heureux membres de leur team".
Evidemment, les chefs d'équipe étaient les leaders de la classe, qui évidemment, choisissaient leurs troupes au goutte-à-goutte, en prenant soin de vous balayer du regard sans vous choisir. Il ne reste plus que deux personnes. Vous et votre meilleur(e) ami(e). Un regard erre bien ça et là, entre vos cheveux et votre voûte plantaire, mais, tel un panoramique, il repart dans la direction opposée, pour finalement se poser sur le moins pire des deux, votre pote. Mais le responsable de ce choix cornélien (entre le pire et le moins pire) ne se fait pas sans une grimace de dégoût qui n'a rien à envier à un enfant qui repousse son plat d'épinards.
Vous finissez bon dernier, mais comme personne ne veut quand même se coltiner le looser dans son équipe, que même le prof a renoncé à vous intégrer, vous joignez (de force) une équipe déjà constituée en prenant soin de raser les murs (en faisant gaffe aux espaliers). Votre statut de tapisserie, qui n'a d'ailleurs jamais été remis en cause, est maintenant clairement affiché.Par vous.
Ici un petit intermède, pour les observations scientifiques: je dirais que l'EPS est un terrain hautement sociologique où toutes les observations de castes et de leadership peuvent être observées. Notons comme les tendances naturelles dominants/dominés sont exacerbées lors de ces séances, où les plus forts deviennent plus forts, et où les plus faibles le sont davantage. Tout est fait pour marquer les antagonismes entre les individus, de la tenue de sport (bon marché ou au contraire trop chère) jusqu'à l'inhibition de certains.
J'ajoute que je n'ai rien contre le sport, beaucoup plus tard, en bonne compagnie (avec des amis) je me suis prise à enchaîner les paniers de basket avec un enthousiasme qui aurait fait douter mes anciens "camarades" quant à mon identité. J'inculpe ici l'EPS, rien que l'EPS.
Je parle vraiment de l'horreur, de la torture subie par ceux et celles qui n'avaient pas la fibre EPISTIQUE et aux châtiments qui leur étaient infligés par les autres.
Et encore, je ne parle même pas des activités en elles-mêmes: ridicules (l'acrogym=pyramides humaines), périlleuses (le saut de cheval) ou encore inutilement inutiles (qui a compris le but de faire courir des élèves pendant 20 minutes autour d'un stade pendant que le prof regarde?).
Revenons à l'activité. C'est du handball. Evidemment, vous faites partie de l'équipe, et les joueurs ne peuvent décidément pas vous ignorer totalement. D'un accord commun, vous finissez gardien de but. Ceci n'ayant rien à voir avec une quelconque reconnaissance de votre talent. Il s'agit d'éviter une éventuelle perturbation du jeu, on ne sait jamais, vous pourriez constituer un obstacle au bon déroulement de la partie (en marquant contre votre équipe, ou en restant immobile au milieu du terrain).
Vous voulez faire bonne impression, là, dans la cage, et rattrapez tous les ballons. Après 4 entorses des doigts, vous cédez votre place, avec pour seule récompense des remarques genre: "t'as eu de la chance, ils étaient pas doués pour marquer".
Avide de sensations intenses, vous courez, tel un lapin de garenne, pour accéder à la baballe. Pourtant, le capitaine de votre équipe s'évertue à faire cavalier seul. Dilemme: il approche du but adverse, mais 40 ennemis l'entourent dangeureusement. Là, posté devant les buts, comme un sauveur, vous faites de grands moulinets avec les bras afin de lui lancer le signal: "passe, passssssssssssse"! Incompréhension totale. Plutôt que de risquer la perte de la baballe par un lancer non rattrapé par vous, votre "camarade" préfère encore l'abandonner lui-même aux mains de l'ennemi. C'est ainsi que la partie est perdue. Et vous êtes le responsable.
A l'inverse, si vous êtes particulièrement en forme et que vous parvenez à saisir le totem (la baballe), et que vous enchaîner les buts, suvitaminé, prenez garde. On risque de vous soupçonner de vous êtres dopé aux amphét et vous obliger à passer des tests médicaux. "Bah?? qu'est-ce qui se passe? t'es malade aujourd'hui?". Pourtant, un simple: "wouah, trop fort!" aurait suffi.
Allez, c'est plus qu'un mauvais souvenir!!!

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