28 février 2009
Café blanc
Octobre 2005 : c'est la date de naissance de cette nouvelle...qui laisse de la poussière sur le doigt quand on l'effleure.
C'est ce qu'on appelle du réchauffé ? ou bien faire patienter...
J'aurais pu la modifier...la peaufiner, on peut toujours les peaufiner. Mais la voila telle qu'elle, telle qu'à l'époque !
J'en ai vu défiler. Certains ne sont venus qu'une fois. D'autres ne faisaient que passer, mais revenaient régulièrement, comme pour un vieil ami à qui l'on rend visite.
Pendant des jours, un petit détour par moi, pendant des semaines, voire des mois.
Je me suis fait huer, taper dessus, on m'a regardé en biais, comme si tout était de ma faute. D'autres encore furent énervés par mon stoïcisme, le fait de me tenir bien droit, fidèle au poste, en toutes circonstances, alors que tant d'autres batailles, d'une plus lourde portée, se livraient non loin de là...
Mais j'ai eu moi aussi mes moments difficiles. Il ne faut pas croire.
Comme lorsque l'un d'entre eux était entraîné vers moi, par un courant invisible, comme un presque noyé à qui l'on ferait miroiter la rive, mais qui ne trouverait qu'une mer plus calme.
Il commandait alors un café bien serré, puis m'insérait des pièces dans le ventre, le bruit du cliquetis déchirant le silence.
Jusqu'au moment où l'homme en blanc le rejoignait. Et la nouvelle tombait.
Elle décolorait l'autre, qui devenait blanc lui aussi. Puis ce dernier plongeait dans la contemplation du fruit de mes entrailles, dans ce liquide infâme, devenu indécent, au fond du gobelet de plastique blanc.
« Espace détente », c'est ainsi que je suis estampillé.
Café. La touche qui a rendu l'âme la première. A moitié effacée, durement éprouvée, à l'image des âmes qui y ont appuyé. Abîmées par des nuits presque blanches.
Un jeune homme a passé des heures près de moi, attendant je ne sais quoi. Une femme est soudain venue l'arracher à moi, et j'ai compris. Il était père. Il a souri doucement puis dans ses yeux, une ombre. Tout ce qu'il lui incombait. Délesté de son innocence, pour la transmettre à qui de droit.
Mais c'est Pierre que je connais le mieux. Il a pris soin de moi en me parlant tout bas. Lui seul savait me faire revenir à la raison lorsque je faisais grève.
Ce matin, il est venu me dire adieu. J'ai fait mon temps, ils me remplacent par un autre.
J'en ai vu passer. Ce matin, sur mon brancard, en route vers la morgue, ce sont eux qui me regardent passer. Une jeune femme m'a fait signe, du fond de la salle d'attente. Lorsque je suis sorti de l'hôpital, je l'ai vue qui continuait à me fixer. Puis elle a pris une feuille, un stylo, et elle a commencé à écrire, écrire, écrire. Peut-être mon histoire ? Je suis mort sans savoir.
23:57 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires
plus tu écris et moins j'ai envie de le faire...
Ecrit par : DooSAnillaH | 03 mars 2009
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