16 novembre 2009

Rouge indigo

Catégorie "Oedipe mal résolu", voici une nouvelle nouvelle (ptet autant peu finie que l'Oedipe, d'ailleurs ^^)

Mais non, ce récit est pure fiction, je vous l'assure !!!

 

C’est une maison simple, avec 4 murs en crêpi à ravaler sans doute depuis 78, elle n’est pas moche, elle n’est pas belle, elle n’est pas bleue, elle n’est adossée à aucune colline, à aucune montagne, elle n’a rien pour elle, mais elle est tout pour moi. J’ai 6 ans et je ne connais rien à la vie, ou déjà tant, parce que le matin même un gamin de l’école a déchiré mon livre, « Mr à l’Envers », de la collection des Monsieur et Madame, juste par plaisir, ou ennui, je ne sais pas, je n’analyse pas ces choses-là. Monsieur à l’Envers, je l’emmenais partout, c’était un peu comme un doudou, sauf que c’était un livre. Mon premier souvenir et mon premier deuil.

Notre maison est la copie conforme de toutes ses voisines, elles sont symétriquement semblables. Je sais que, régulièrement, sa façade fait des œillades à celle d’en face, c’est gros comme une maison, justement, tout se sait dans le quartier, elles ne peuvent rien cacher. Elles se tournent autour parce qu’elles se ressemblent, sauf que si elles s’assemblaient on serait obligés de vivre avec les Lehure, ce ne serait pas pratique.

Elles sont peintes dans les mêmes tons, de ceux qu’on dit ‘bruns’ pour faire bien, mais qui sont juste marrons, exactement comme les rouges à lèvres dans le catalogue par correspondance de ma mère : ‘noisette grillée’ ou ‘bronze cuivré’, pour des coloris semblables et ternes.

Les maisons sont construites sur le même modèle, dans une cité proprette où tout est bien rangé, le long de rues aux noms fleuris, baptisées sans aucune imagination : allée des Rosiers, chemin des Jacinthes, impasse des Lilas.

Il s’agit d’une banlieue qui se dit prospère mais où tout périclite, quand on se penche un peu dans l’envers du décor. Il suffit de jeter un œil aux jardins silencieux, aux cabanes en attente qu’il se passe quelque chose, qui n’ont que la prochaine saison à se mettre sous la dent : l’hiver s’il le faut, tant que ça engendre un peu d’animation.

J’ai 6 ans, mon frère 9, je ne sais rien de l’existence mais j’en saisis des bribes, ça et là, un peu comme les moineaux du jardin public, ceux qui guettent la moindre miette de mon goûter, et de mon quotidien minutieusement réglé.

Ma mère vient me chercher à l’école, et toutes deux on chemine avenue du Quercy jusqu’aux grilles du parc. Puis elle avise un banc, toujours le même, le troisième sur la droite, et m’y dépose comme un baiser, des Prince de Lu sur les genoux. Elle reste assise là près de moi, faisant mine de me laisser manger mais à l’affût de chaque bouchée, de chaque mouvement de ma mâchoire. Comme pour garder de chaque seconde un souvenir de moi.

Les moineaux approchent petit à petit, comme on fait un nid, ils font mine de regarder ailleurs mais je sais ce qu’ils attendent, alors j’écrase un petit bout de gâteau entre mes doigts potelés, et je l’émiette en pluie tout autour de mes pieds et je trouve ça magique, on dirait les étincelles de la fée Clochette, et ils accourent en pépiant, ils n’attendaient que ce moment, c’est carrément la foire d’empoigne. Maman me jette un regard plein de sourires en coin. Elle observe ce rituel immuable qui n’appartient qu’à moi et qu’elle se garde de troubler.

Mon frère est déjà rentré, il a déjà sorti Praline, le cochon d'Inde noir et frisé, de sa cage. Ca fait déjà des jours qu’il essaie de le dresser, lui qui a déjà tant de mal à obéir à maman, des jours qu'il s'est mis ça en tête, la vidant du même coup de toute préoccupation scolaire. Maman crie parce qu’il devrait être en train de faire ses devoirs. Elle reprend tout ça en main et j’entends la litanie des chiffres qui commence comme chaque soir, à laquelle je ne comprends rien, une longue liste dénuée de sens, parsemée d’hésitations, mais rythmée comme une chanson : 7 fois 1, 7; 7 fois 2, 14; 7 fois 3, 21; 7 fois 4, euh 7 fois 4, 29 ?

Moi, je n’en suis pas encore là. Je colorie religieusement un père noël sur son traîneau, la tête penchée sur le côté, la langue à demi sortie. Je m’interroge en mon for intérieur : soudain, le non respect du code couleur ainsi que mes coups de feutres rageurs portés sur le bonhomme de papier sont le signe précurseur d’un doute qui pointe. Cela fait quelques mois que l’idée s’insinue dans mon esprit, mais ce soir-là je touche au but. Il ne peut pas exister.

Je contemple ce père noël rescapé d’un massacre, son oeil au beurre bleu, et ses habits noirs. Résolue, j’arrache violemment la page en même temps que ma candeur, et les déchire en mille confettis, qui retombent sur les tables de multiplication de mon frère. Il se balance d’un pied sur l’autre, lorgnant de temps en temps sur le cochon d’Inde livré à lui-même, et qui commence à grignoter les fils électriques de l’halogène. Ma mère est à bout de patience, je le vois à sa bouche qui se tord, à ses poings qui se crispent, mais mon héros arrive avant qu’elle n’explose, comme un coup de gong providentiel. Mon père arrive dans la pièce avant même d’y pénétrer, comme on reprend un territoire. J’entends la poignée de la porte d’entrée céder sous sa main vigoureuse, et son pas si familier. Je lâche aussitôt mon feutre bleu, que machinalement je m’étais mise à suçoter, puis part en conquérante lui sauter dans les bras et claquer sur sa joue un baiser indigo. Par mes lèvres teintes, laisser mes empreintes comme je planterais un drapeau.

Chaque soir, c'est ma finalité : être toujours 1ère sur la peau de mon père, et si possible en supplantant le rouge à lèvres de maman.

 

09 novembre 2009

Dysfonctionnement de fonctionnaires

Ahhhhh, soupir d'aise !!! Depuis le temps que je voulais me défouler sur les services administratifs français, que j'attendais une vraie occasion, un sac de noeuds inextricables, qui ait de quoi me faire m'arracher mes bulbes capillaires un par un, la voilaaaaa !!!!

Avant de diagnostiquer une trace de masochisme en moi, dites-vous que le bénéfice est extraordinaire, il va me permettre d'alimenter de lipides bien gras mon book de complaintes, nommément, ce blog, en vous faisant passer j'espère un joyeux quart d'heure, contrairement à celui que je viens de me farcir en tentant de joindre les impôts.

C'est à un véritable feu d'artifice que j'assiste chaque jour, étant donné qu'en ce moment, je cumule quand même les situations à haut risque:

-Etre une toute nouvelle demandeuse d'emploi donc assister sagement aux prouesses absurdesques du pôle emploi (entre oublis de rendez-vous et volonté de me faire participer à des ateliers qui ne me concernent pas)

-Déménager prochainement, donc joindre mon agence immobilière pour qu'elle m'enlève du bail, sachant qu'on n'a jamais reçu le bail actuel en cours

-Emménager prochainement à l'étranger, donc faire toujours plus de démarches à la préfecture, qui pour des raisons obscures est fermée, changement des horaires oblige, ce qui n'était pas signalé sur le site internet.

- Last but not least, vouloir régler un souci de taxe d'habitation, donc joindre les impôts. C'est sur ce dernier exemple que je m'en vais disserter gaiement.

Sans vouloir vous refaire l'intégrale, sachez juste que je suis en coloc, que cette année c'est moi qui ai reçu la taxe d'habitation et la redevance télé, ou plutôt l'absence de, étant donné que, comme une conne (ou une gamine de 4 ans, dixit mon coloc), je ne l'ai pas déclarée.

En même temps, l'an dernier, c'est ma coloc qui avait reçu l'impôt, et puis, honnêtement, je me vois pas déclarer une télé qui n'est pas à moi, sachant que je me barre dans un mois sans l'emporter sous mon bras, et que je ne pouvais pas deviner que cette année, ça tomberait sur moi, et encore moins, que sur ma déclaration, je devais annoncer fièrement vivre en coloc avec 2 zigotos qui ne me considèrent d'ailleurs pas + leur coloc que le SDF qui pisse sous nos fenêtres.

Bref, il s'avère qu'eux ont déclaré la télé, mais ils n'ont reçu aucune redevance. Au lieu de s'en satisfaire (s'il y a un contrôle, c'est pour ma pomme, la déclaration étant à mon nom, et au pire, ils sont en règle), ils exigent que j'appelle les impôts pour "clarifier cette situation à haut risque". Il faut quand même signaler que ma coloc a arnaqué la CAF pendant des mois alors même qu'elle vivait à l'étranger et continuait à la toucher, sans s'inquiéter d'un éventuel contrôle, alors que ça représente plusieurs centaines d'euros, à côté desquels les pauvres 116 euro de la redevance télé font figure de pâle aumône ou d'un pourboire au bar de la gare de Trifoullis les oies.

Je ne sais pas s'ils se sont depuis convertis au christianisme et à ses lois puritaines, mais toujours est-il que je ne serai pas remboursée tant que j'aurai pas appelé les impôts pour demander une révision (à la hausse, s'entend) de ce que nous avons à payer. Et devant les poings serrés, la gueule fermée de mon coloc, je n'ai pas d'autre choix que de me coltiner le serveur téléphonique des impôts de Vitry, sous peine de m'asseoir sur le chèque qu'il me doit (oui, parce que je les ai payés, en attendant, les 300 euro de taxe d'habitation, pour une neuneu qui respecte pas les règles, quand même, je voudrais le souligner, j'ai pas attendu l'échéance, j'ai fait ça bien !!!)

Je parie maintenant que vous mourrez d'impatience de savoir ce qu'il advient lorsque l'on appelle le 01 55 53... bref, ledit service des impôts.

Etape A: Musique classique ronflante et annonce automatique:

"Bonjour, vous êtes en communication (ah bon, une voix automatique, ça communique ?) avec le CFP, Centre des Finances Publiques de Vitry sur Seine. Vous êtes une entreprise et vous souhaitez obtenir des informations sur la TVA, l'impôt  sur les sociétés ou la taxe professionnelle ? tapez 1 !

Vous souhaitez vous renseigner sur le droit des successions, les plus-values immobilières ou l'ISF ? Tapez 2 !

Pour obtenir le service des impôts des particuliers, tapez 3 !"

Je tape 3 et me retrouve transportée vers l'étape B:

Autre musique classique ronflante, j'imagine en accords majeurs, histoire de calmer les nerfs qui ne manquent pas de se vriller quand on voit la suite du processus:

"Bonjour ! vous êtes en communication avec le SIP, Service des Impôts des Particuliers. Si votre appel concerne la mensualisation ou le prélèvement à l'échéance, tapez 1 ! Vous appelez pour le paiement de l'impôt sur le revenu, de la taxe d'habitation, de la taxe foncière, de la taxe professionnelle ou pour tout autre problème sur le paiement, tapez 2 ! (ça commence à donner le tournis, et encore, ils ont omis la gabelle)

Vous appelez pour le calcul de l'impôt sur le revenu, de la taxe d'habitation ou de la taxe foncière, tapez 3 !"

S'ensuit une scène d'une heure d'une rare violence, pendant laquelle j'ai tapé 2 et 3 indifféremment, sans autre résultat que de me retrouver parachutée sur le premier message d'accueil. Au bout d'un moment, j'ai eu, miracle, un répondeur. Qui a dit: "cette boîte vocale est saturée. Nous vous prions de renouveler votre appel ultérieurement". Bon, s'ils me prient, si c'est demandé par génuflexion, les mains jointes et l'eau bénite sur le front, je veux bien me montrer indulgente.

Après renouvelement de mon appel ultérieurement parlant, je tombe sur une nana très sympa (qui l'eut cru) qui me dit: "ah en effet il y a une erreur dans votre dossier, vos colocataires n'ont pas été pris en compte dans le local -dois-je comprendre l'appart ?-, la mise à jour n'a pas été faite, je vais vous donner le numéro de ma collègue qui gère votre rue."

Là, j'ai pensé très fort: "NONNNNNN !!!!!!!! ne m'abandonne paaaaaas !!!! si je raccroche, comment vais-je réussir à ravoir quelqu'un ???" mais je lui ai simplement dit: "vous êtes sûre ? je la joindrai bien cet après-midi ? c'est sûr ? elle se remet réellement à son poste à 14h31 pétantes ?" elle a paru un peu surprise mais m'a assurée que sa collègue répondait au téléphone lorsque ce dernier sonnait.

J'ai bravé le danger et toutes les théories les + cartésiennes en appelant carrément à 14h20, oui, même pas peur, je dis bien 14h20, en me disant qu'elle devait prendre son poste à 14h et qu'une demie-heure après, on n'était pas à l'abri d'une pause café. Et le plus dingue, c'est qu'elle a décroché !

Encore plus fou, tout a été réglé en 5 minutes, comme une lettre à la poste, quand elle m'a dit, sans trop savoir de quoi elle parlait apparemment, que y'avait pas de problème, qu'on n'allait recevoir aucune autre notification ou facture, et que maintenant que c'était fait et payé, inch'allah baby, en gros, on n'allait pas revenir en arrière.

Et quand je lui ai demandé sur quel critère était envoyée la taxe (à quel coloc, d'année en année, pourquoi l'an dernier ma coloc y a eu droit, et pourquoi cette année, c'est moi, tirent-ils à la courte paille ?) elle a simplement répondu, plus hésitante que l'âne de Buridan: "euhhhh, ça dépend, une fois l'un, une fois l'autre", ce qui a un peu calmé ma joie. Même quand on vous répond ce que vous souhaitez entendre, on voit que de leur côté, c'est pas gagné. De quoi vérifier une vieille légende. Oui, un fonctionnaire, ça dysfonctionne. Vraiment.

 

 

05 novembre 2009

De la télé people à la télé poubelle

Hier, à la télévision, j'ai vu Emmanuelle Gaume, mais si, vous voyez très bien, selon ses propres dires: "la présentatrice jolie et idiote" qui présentait 'Exclusif' sur TF1 à une époque pas si lointaine.

Elle était sur un plateau et essayait de se refaire une légitimité sur le thème: "je ne suis pas moi-même à la télé". Beh oui, parce qu'à la base, Emmanuelle Gaume, avant de s'extasier sur les prouesses des 2 be 3 ou de blablater sur le nouveau yacht de Johnny Hallyday, elle avait commencé par faire des chroniques sur la musique classique, et peut se vanter d'avoir un passé prestigieux de...oui, on peut dire le mot, et appeler un chat un chat: JOURNALISTE ! et une journaliste sérieuse, qui plus est. Qu'on ne doit pas avoir peur d'embaucher sur Arte par exemple.

Le problème, c'est qu'elle est venue clamer réparation sur le plateau de..."Toute une histoire", de Jean-Luc Delarue, le truc remplaçant "C'est mon choix" dans la case France 2 de l'après lunch, à l'heure où passent "Les feux de l'amour" sur TF1, entraînant un léger conflit de crédibilité.

C'est un peu comme si Loana se confessait dans Télé Star que la télé réalité avait détruit sa carrière naissante. Ca ressemble à un léger accroc qu'on tente de réparer et qu'on agrandit encore plus.

C'est dommage, elle avait l'air sympa, Emmanuelle. Comme quoi, on peut commencer par faire ses gammes brillamment et finir par une fausse note...

 

 

 

 

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