16 novembre 2009

Rouge indigo

Catégorie "Oedipe mal résolu", voici une nouvelle nouvelle (ptet autant peu finie que l'Oedipe, d'ailleurs ^^)

Mais non, ce récit est pure fiction, je vous l'assure !!!

 

C’est une maison simple, avec 4 murs en crêpi à ravaler sans doute depuis 78, elle n’est pas moche, elle n’est pas belle, elle n’est pas bleue, elle n’est adossée à aucune colline, à aucune montagne, elle n’a rien pour elle, mais elle est tout pour moi. J’ai 6 ans et je ne connais rien à la vie, ou déjà tant, parce que le matin même un gamin de l’école a déchiré mon livre, « Mr à l’Envers », de la collection des Monsieur et Madame, juste par plaisir, ou ennui, je ne sais pas, je n’analyse pas ces choses-là. Monsieur à l’Envers, je l’emmenais partout, c’était un peu comme un doudou, sauf que c’était un livre. Mon premier souvenir et mon premier deuil.

Notre maison est la copie conforme de toutes ses voisines, elles sont symétriquement semblables. Je sais que, régulièrement, sa façade fait des œillades à celle d’en face, c’est gros comme une maison, justement, tout se sait dans le quartier, elles ne peuvent rien cacher. Elles se tournent autour parce qu’elles se ressemblent, sauf que si elles s’assemblaient on serait obligés de vivre avec les Lehure, ce ne serait pas pratique.

Elles sont peintes dans les mêmes tons, de ceux qu’on dit ‘bruns’ pour faire bien, mais qui sont juste marrons, exactement comme les rouges à lèvres dans le catalogue par correspondance de ma mère : ‘noisette grillée’ ou ‘bronze cuivré’, pour des coloris semblables et ternes.

Les maisons sont construites sur le même modèle, dans une cité proprette où tout est bien rangé, le long de rues aux noms fleuris, baptisées sans aucune imagination : allée des Rosiers, chemin des Jacinthes, impasse des Lilas.

Il s’agit d’une banlieue qui se dit prospère mais où tout périclite, quand on se penche un peu dans l’envers du décor. Il suffit de jeter un œil aux jardins silencieux, aux cabanes en attente qu’il se passe quelque chose, qui n’ont que la prochaine saison à se mettre sous la dent : l’hiver s’il le faut, tant que ça engendre un peu d’animation.

J’ai 6 ans, mon frère 9, je ne sais rien de l’existence mais j’en saisis des bribes, ça et là, un peu comme les moineaux du jardin public, ceux qui guettent la moindre miette de mon goûter, et de mon quotidien minutieusement réglé.

Ma mère vient me chercher à l’école, et toutes deux on chemine avenue du Quercy jusqu’aux grilles du parc. Puis elle avise un banc, toujours le même, le troisième sur la droite, et m’y dépose comme un baiser, des Prince de Lu sur les genoux. Elle reste assise là près de moi, faisant mine de me laisser manger mais à l’affût de chaque bouchée, de chaque mouvement de ma mâchoire. Comme pour garder de chaque seconde un souvenir de moi.

Les moineaux approchent petit à petit, comme on fait un nid, ils font mine de regarder ailleurs mais je sais ce qu’ils attendent, alors j’écrase un petit bout de gâteau entre mes doigts potelés, et je l’émiette en pluie tout autour de mes pieds et je trouve ça magique, on dirait les étincelles de la fée Clochette, et ils accourent en pépiant, ils n’attendaient que ce moment, c’est carrément la foire d’empoigne. Maman me jette un regard plein de sourires en coin. Elle observe ce rituel immuable qui n’appartient qu’à moi et qu’elle se garde de troubler.

Mon frère est déjà rentré, il a déjà sorti Praline, le cochon d'Inde noir et frisé, de sa cage. Ca fait déjà des jours qu’il essaie de le dresser, lui qui a déjà tant de mal à obéir à maman, des jours qu'il s'est mis ça en tête, la vidant du même coup de toute préoccupation scolaire. Maman crie parce qu’il devrait être en train de faire ses devoirs. Elle reprend tout ça en main et j’entends la litanie des chiffres qui commence comme chaque soir, à laquelle je ne comprends rien, une longue liste dénuée de sens, parsemée d’hésitations, mais rythmée comme une chanson : 7 fois 1, 7; 7 fois 2, 14; 7 fois 3, 21; 7 fois 4, euh 7 fois 4, 29 ?

Moi, je n’en suis pas encore là. Je colorie religieusement un père noël sur son traîneau, la tête penchée sur le côté, la langue à demi sortie. Je m’interroge en mon for intérieur : soudain, le non respect du code couleur ainsi que mes coups de feutres rageurs portés sur le bonhomme de papier sont le signe précurseur d’un doute qui pointe. Cela fait quelques mois que l’idée s’insinue dans mon esprit, mais ce soir-là je touche au but. Il ne peut pas exister.

Je contemple ce père noël rescapé d’un massacre, son oeil au beurre bleu, et ses habits noirs. Résolue, j’arrache violemment la page en même temps que ma candeur, et les déchire en mille confettis, qui retombent sur les tables de multiplication de mon frère. Il se balance d’un pied sur l’autre, lorgnant de temps en temps sur le cochon d’Inde livré à lui-même, et qui commence à grignoter les fils électriques de l’halogène. Ma mère est à bout de patience, je le vois à sa bouche qui se tord, à ses poings qui se crispent, mais mon héros arrive avant qu’elle n’explose, comme un coup de gong providentiel. Mon père arrive dans la pièce avant même d’y pénétrer, comme on reprend un territoire. J’entends la poignée de la porte d’entrée céder sous sa main vigoureuse, et son pas si familier. Je lâche aussitôt mon feutre bleu, que machinalement je m’étais mise à suçoter, puis part en conquérante lui sauter dans les bras et claquer sur sa joue un baiser indigo. Par mes lèvres teintes, laisser mes empreintes comme je planterais un drapeau.

Chaque soir, c'est ma finalité : être toujours 1ère sur la peau de mon père, et si possible en supplantant le rouge à lèvres de maman.

 

28 février 2009

Café blanc

Octobre 2005 : c'est la date de naissance de cette nouvelle...qui laisse de la poussière sur le doigt quand on l'effleure.

C'est ce qu'on appelle du réchauffé ? ou bien faire patienter...

J'aurais pu la modifier...la peaufiner, on peut toujours les peaufiner. Mais la voila telle qu'elle, telle qu'à l'époque !

J'en ai vu défiler. Certains ne sont venus qu'une fois.  D'autres ne faisaient que passer, mais revenaient régulièrement, comme pour un vieil ami à qui l'on rend visite.

Pendant des jours, un petit détour par moi, pendant des semaines, voire des mois.

Je me suis fait huer, taper dessus, on m'a regardé en biais, comme si tout était de ma faute. D'autres encore furent énervés par mon stoïcisme, le fait de me tenir bien droit, fidèle au poste, en toutes circonstances, alors que tant d'autres batailles, d'une plus lourde portée, se livraient non loin de là...

Mais j'ai eu moi aussi mes moments difficiles. Il ne faut pas croire.

Comme lorsque l'un d'entre eux était entraîné vers moi, par un courant invisible, comme un presque noyé à qui l'on ferait miroiter la rive, mais qui ne trouverait qu'une mer plus calme.

Il commandait alors un café bien serré, puis m'insérait des pièces dans le ventre, le bruit du cliquetis déchirant le silence.

Jusqu'au moment où l'homme en blanc le rejoignait. Et la nouvelle tombait.

Elle décolorait l'autre, qui devenait blanc lui aussi. Puis ce dernier plongeait dans la contemplation du fruit de mes entrailles, dans ce liquide infâme, devenu indécent, au fond du gobelet de plastique blanc.

« Espace détente », c'est ainsi que je suis estampillé.

Café. La touche qui a rendu l'âme la première. A moitié effacée, durement éprouvée, à l'image des âmes qui y ont appuyé. Abîmées par des nuits presque blanches.

Un jeune homme a passé des heures près de moi, attendant je ne sais quoi. Une femme est soudain venue l'arracher à moi, et j'ai compris. Il était père. Il a souri doucement puis dans ses yeux, une ombre. Tout ce qu'il lui incombait. Délesté de son innocence, pour la transmettre à qui de droit.

Mais c'est Pierre que je connais le mieux. Il a pris soin de moi en me parlant tout bas. Lui seul savait me faire revenir à la raison lorsque je faisais grève.

Ce matin, il est venu me dire adieu. J'ai fait mon temps, ils me remplacent par un autre.

J'en ai vu passer. Ce matin, sur mon brancard, en route vers la morgue, ce sont eux qui me regardent passer. Une jeune femme m'a fait signe, du fond de la salle d'attente. Lorsque je suis sorti de l'hôpital, je l'ai vue qui continuait à me fixer. Puis elle a pris une feuille, un stylo, et elle a commencé à écrire, écrire, écrire. Peut-être mon histoire ? Je suis mort sans savoir.

 

 

19 janvier 2009

Une histoire de cuisson...

En guise de nouvelles, voici une nouvelle. Pour changer.

Voici les pensées d'un cuisinier qui vient de quitter sa moitié, sa rondelle...parce qu'on est dimanche soir, dimanche nuit, même, et que je n'ai plus faim :)

Les yeux perdus dans le vague, je ne fixe personne, c’est étudié. Je prends le regard de ceux qui sont dans le bus, le regard flou, qui semble s’arrêter sur elle, par exemple, cette algérienne, que sais-je, tunisienne, peut-être, mais qui ne fait que passer au travers.

J’ai le regard flou, et je pense à la chose la plus existentielle qui soit, moi qui ne pense jamais, ou du moins qui essaie, histoire de préserver mes petits préjugés qui m’aident à affronter le quotidien. Là, dans le bus numéro 76 à destination de Louvre Rivoli, je pense. Ou plutôt des pensées me traversent la tête, et s’y arrêtent.

Et c’est ainsi qu’au moment où, par un violent à-coup, le bus stoppe devant le panneau « Faidherbe », ma pensée s’arrête sur ma copine, mon ex copine plus exactement, que j’ai quittée et laissée en pleurs il y a 25 minutes maintenant, après 3 ans de bons et loyaux services.

Je réfléchis bêtement, alors qu’il n’y a plus rien à dire, ni même à réfléchir, puisque son reflet n’apparaît plus dans mon miroir.

C’est une histoire de dents, de scies. De sinusoïdale, d’une ligne qui se brise, contre sa parallèle, défiant toutes les lois, de la physique pour sa jumelle.

 

J’ai peut-être un air profond, comme le Penseur de Rodin, plus certainement un air de con, plongé dans mes réflexions stériles, où ne pousserait un chardon pour rien au monde, comme dans un labyrinthe des glaces où je me cogne à chaque coin. Je me demande pourquoi ne sommes-nous pas de vulgaires anémones, des fourmis, des amibes, pourquoi pensons-nous, pourquoi ne nous reproduisons pas tout bêtement, pourquoi sommes-nous doués de raison, de tant de complications, de tout ce qui va avec.

A côté de moi, l’algérienne peut-être tunisienne, s’en fout royal, royal comme le couscous qu’elle va immanquablement préparer en rentrant, royal comme cet a priori servi à la louche.

C’est juste que j’aimerais tellement me demander, à cet instant, s’il me reste assez de pois chiches dans le placard de ma cuisine, ou si je peux me fier aux merguez du Monop, si les merguez du Monop sont dignes de confiance pour un couscous royal…

 

L’algérienne, elle s’en fout, de mes interrogations philosophiques, elle essaie de grappiller le moindre centimètre carré de la zone « poussettes ou handicapé » avec son cabas du marché, tandis que juste devant la porte arrière, un petit jeune tente de se rebeller. De ne pas se faire embarquer par la vague géante, par la marée humaine qui entre dans le bus. De ne pas être obligé de descendre pour les laisser monter, il risquerait sa place.

Monter, descendre, ça me fait penser à des montagnes russes, tous les jours en général, des gens doivent descendre de leur piédestal pour que d’autres puissent monter au septième ciel, c’est comme ça, j’ai envie de lui dire, c’est le sens de la vie.

« Le sens de la vie, je t’en foutrais, du sens, moi ! », qu’il me répondrait.

C’est vrai, qu’est-ce que j’en sais, moi, du sens de la vie ?! Qu’aurais-je donc à lui répondre, moi que le désespoir est en train d’éventrer, dans le bus 76, pour une fille que je viens pourtant de quitter ?

Qu’aurais-je à lui répondre ?

Est-ce parce que je n’ai jamais su dire, m’exprimer, que tout a capoté ? Ai-je vraiment lu, dans ses yeux sombres, des reproches muets ? Moi qui n’ai jamais su parler qu’à mes carottes, me confier qu’à mes échalotes. Etait-elle jalouse de mes hachis parmentiers, de mes œufs en gelée, et de mes petits pains, perdus à tout jamais ? A-t-elle jamais compris ma feinte, mes larmes en rétention, dans mes urgences à éplucher tous ces kilos d’oignons ?

Un cuisinier se doit-il de finir seul, devant sa marmite, à bouillir de rage ?

Aurais-je dû réagir, au lieu de laisser exploser ses innombrables orages ?

Suis-je parti avant elle, juste pour le plaisir, la fierté de la laisser derrière, pour ne pas risquer l’inverse, ne pas connaître le bord de la route sous l’averse ?

Ai-je avalé notre histoire toute crue, parce que béarnaise ou bourguignonne, je la trouvais trop entière, trop relevée, par rapport à moi,  jamais assez assaisonné, et que j’avais peur de la sauce à laquelle elle allait me manger ?

Je n’ai jamais su parler, dire…je préfère jouer du couteau dans ma cuisine. Jouer de la gratte, aussi, comme une grosse caricature, un cliché sépia. Je ne sais pas dire...

Quand les mots restent lettres mortes, je convole en justes notes…ou en saumon papillote.

 

Peu importe…j’ai gagné le devoir d’enlever ma toque, de la mettre au rebut…les carottes sont cuites depuis belle lurette, les artichauts ont froid, mes prétextes sentent la soupe et je me noie dans le potage. Un navet. Je suis à moi tout seul un gros navet. Un légume. Un chou-fleur aux pétales fanés, une batavia flétrie, une betterave à sucre en hypoglycémie.

Et avec ça, ce sera tout ?

Non, mais je ne vais pas épiloguer, il y en a assez sur mon tablier, je suis rhabillé pour l’hiver, pour le printemps, aussi, je pourrais devenir marchand de quatre-saisons.

Aller m’installer à Rungis, éplucher du maïs, décortiquer des fèves, et plus des faits pour lesquels il y a prescription.

Au lieu de mijoter dans un jus amer, si jallais échanger mon dégoût, contre des ragoûts ?

Ma haine glacée contre une crème brûlée ?

Impression d’indigestion, de satiété…j’ai beaucoup trop pensé, du mal à me digérer, et si j’arrêtais de me cuisinier ?

Je pense à elle une dernière fois, dans sa chambre sous les toits, saignante. Pas à cause de moi. Saignante, comme toujours. J’ai compris, enfin. Je suis à point. Notre histoire est terminée, pour une histoire de cuisson incompatible...j'aurais dû le savoir, le premier soir, elle avait commandé son steak 'cuisson tartare'. Et au lieu de me méfier, j'avais rigolé.

Louvre-Rivoli. Le bus 76 me recrache au terminus, repus.

J’ai toujours le même regard transparent et impénétrable à la fois, il est hors de question que je prenne contact avec une pupille inconnue, au hasard de la rue, que nos prunelles se lient. Ca risquerait de mal tourner, comme la mayonnaise que je viens de rater, après 3 ans de perfectionnement.

Je vais rester le mur que je sais si bien faire, en croisant les anonymes…tout en restant ouvert.

Car le mur a des fissures, qui laissent entrer la lumière, des gens ordinaires.

Mais des fissures discrètes. Mais des fissures obscures, qu’on ne voit que d’un seul œil, lorsque le temps est clair.

08 septembre 2007

2ème Gaou

C'est sympa les cocos, mais non, je ne reviens pas. Je suis passée de l'autre côté de cette période bloguante.

Je reviens, mais pas pour moi.
Je voulais juste rendre hommage à quelqu'un que j'ai croisé dans un couloir, un soir.

A Gaou, République, âme valide aux Invalides

Against his back, inside his eyes
he hold the pains of all the minds
he grab the hand of the children
he stay awake, for the weak men
he is alive, for those who're dead
he walk your line, he fix your thread

Marée humaine, flot de personnes, de personne

Un évadé, miraculé, de ces noyades en enfilade
Il repeuple les hommes qui sont inhabités, qui ont subi l'exode, qui se sont expulsés.
Ces hommes, la rage au coeur, dont aucun cri n'est assez grand, pour exploser sur leurs douleurs.
Il part à la poursuite des néants intérieurs.


Il les rend à eux-mêmes, il recompose les êtres, en réouvrant grand leurs fenêtres.
Il reconstruit leurs pleins, remplit leurs vides avec du rien, pour équilibrer.
C'est une petite échelle humaine, un peu trop piétinée, aux barreaux délabrés.
Pour ceux qui pleurent leur indicible, leur enfance envolée, ceux qui crèvent de n'être plus, ce qu'ils n'ont jamais été.
Ceux qui se sentent coupables et qui s'en veulent, de se sentir coupables.
Ceux qui se jettent à la mer, qui se rejettent à la frontière.
Les hommes vaincus par la nausée, puisqu'elle est toujours vainqueur, lorsqu'elle ne permet qu'un léger haut-le-coeur, mais à perpétuité.
Pour ceux blessés par les éclats de leur reflet dans le miroir, ceux qui ont perdu jusqu'à, ce qu'ils pensaient ne plus avoir.
Il rassure et console: les mots sont les puissants, les mots ne sont jamais inertes, les mots sont seuls capables de compenser la perte, celle d'un membre arraché, celle d'une âme morcelée, rien de précieux, mais juste ancré, profond, trop profond. Comme une partie, une excroissance, qu'ils avaient adoptée, par laquelle ils étaient en paix, et qu'on leur retire, sans rien leur demander, sans autorisation, sans avis d'expulsion. Avortement mental.
Au soir, il se réveille, il part hurler son soûl, et s'effondre à genoux, pour cracher les maux des autres.
il vomit leurs déchirures, leurs errances et leurs blessures. Il se retrouve avec sa peine, qu'il avait oubliée, comme un point sur le côté. Mais personne ne peut mourir, en lui, sans sa bénédiction, sans son extrême-onction.

Il relève la tête, et se met en quête, d'un autre homme pour enfin pouvoir tomber, d'autres yeux, pour pleurer.

 

07 juin 2007

Brève de couloir

Voilà une partie de mon dossier pour postuler à une formation...tout est vrai! (Bien que j'ai omis les engueulades royales de la famille de l'Olympe, à 7h du mat!) S'ils avaient des grenades, nul doute qu'ils n'hésiteraient pas à les dégoupiller...

                  Mes voisins

Un immeuble d’un étage, au fond d’une impasse. Il semblerait que le couloir abrite d’autres portes que la mienne. Mais mes voisins n’existent pas. Ce sont sans doute des fantômes. Je ne connais leurs noms que par le biais de l’interphone. :

-Léo et Solenn : j’ai tout de suite aimé leurs noms. Léo, le lion, le roi. Solenn, le soleil : le roi soleil. Mais leur lumière n’est jamais parvenue jusqu’à moi. Je n’ai jamais réussi à savoir s’ils étaient amants, frère et sœur, ou simplement amis. J’ai parlé une fois avec Solenn. Depuis que Solenn est partie, Léo se terre. Un ermite ?

-Pierre : Je l’ai aperçu deux fois en huit mois. Il doit être étudiant. Lorsque je lui dis bonjour, il ne me répond pas. Il doit être sourd. A chaque apparition, il porte un sac rempli de dizaines de paquets de nouilles chinoises, et son appartement semble toujours plongé dans le noir.  Une forme très rare d’intolérance alimentaire et d’allergie au soleil ?

-Les voisins du haut : ils siègent à l’Olympe, quelques marches en  haut desquelles se situe leur appartement. Un 40 mètres carrés pour…une famille entière. Je ne fais que les entendre, comme un signal : très tard le soir, provenant du couloir, un galop effréné et un halètement bruyant crèvent soudain le silence. Après plusieurs attaques cardiaques, je ne sais toujours pas combien ils sont, mais je sais qu’ils ont un chien, adepte des balades au clair de lune. Vampires ne sortant que la nuit ?

Mes voisins n’existent peut-être que sur leurs boîtes aux lettres. Ils ne sortent ni ne rentrent. Ils n’ont jamais besoin de sel ou de farine.

J’en viens à espérer la coupure d’électricité qui nous fera nous rencontrer, nos bougies à la main, dans le couloir éteint. Jusqu’à la provoquer ?

Non, parce qu’il y a Skander : il me vrille les oreilles avec son RnB tonitruant, et ses films de yakusas japonais écoutés à pleine puissance, alors que je ne jure que par le rock, Jarmush et Clint Eastwood. Il est fiancé, mais héberge souvent Delphine, sa collègue pizzaïolo, « sans aucune ambiguïté ». Il me fait profiter gratuitement de sa connexion Internet, de sa clé à molette, de son aspirateur, de ses bras pour déverser mes pleurs. Lorsque je lui demande un œuf, il me donne son frigo. Il vient à minuit me demander de la moutarde. Je le croise tous les jours, mais par tranches de cinq minutes. Si mes voisins sont des fantômes, Skander est un vrai courant d’air. De ceux qui font claquer les portes. Mais la sienne est toujours ouverte.

Il m’a demandé hier si je parlais de lui, dans mes textes. C’est maintenant chose faite.

 

09 janvier 2007

A...

A verse, à la renverse. 

A la sauvette, à l'aveuglette,

A l'anglaise, à l'italienne,

A contre-emploi,

A tâtons, à pile ou face, à la courte paille

A pied, à cheval, à vélo

A la poubelle, à la corbeille,

A l'amiable.

A reculons, à contretremps, à contrecoeur

A genoux, à bout de course, à bout de souffle, à perdre haleine.

A la hache, à l'étouffée, à l'arrachée

A la vie, à la mort

A la longue, à la pelle

A la seconde, à la tienne,

A la louche, à la bouche

A la Hitchcock, à la coque

A la noix, à la deux, à la trois,

c'est à toi...(de continuer)

16 novembre 2006

Disney revu et corrigé

Ca, c'est une connerie (comme tant d'autres) que j'avais écrite en m'inspirant de...non, ne riez pas...Bénabar...

Bon c'est pas le même style mais c'est pas grave, il est nul, son style de toute façon, hein? bon ok c'est pas top mais c'est vite fait!

 

 Dans mon cartoon, les Looney Tunes, prennent en otage leurs producteurs

et tous les personnages incendient la Warner.

Même Shrek dans son marais, peut aller se rhabiller

Blanche-Neige a étripé la moche au bois dormant qui se faisait le prince charmant

Picsou s'est noyé, dans son tas de pièces dorées

Robin des Bois n'donne plus aux pauvres, il s'lance dans le trafic de drogue

Cendrillon a cassé sa pantoufle de vair, en s'essayant au taekwendo avec Bagheera la panthère.

Nemo n'est pas content, la ptite sirène n'l'a pas sauvé à temps

il a fini broyé, dans la gueule du chat botté.

La Belle en avait marre, de son crétin de Clochard, elle n' se laisse plus embrasser, et l'aide de tous les spaghetti du monde ne pourra rien y changer (variante: cappellini).

Pluto et Pongo, se sont découverts homos, ils se pacsèrent, et adoptèrent, un petit chiot.

Mickey, Daisy, Donald, Minnie rejouent les tragédies d'Racine

car ils s'échangent, c'est très bizarre, mais c'est aussi pas très intime

Bugs Bunny s'est fait carotter, son terrier par Gros Minet, qui cherche à échapper, à un Titi surentraîné.

Alice au pays de l'enfer, s'est fait bouffer par Lucifer, (ndlr: le chat dans Cendrillon)

la fée Clochette me propose trois voeux

j'lui dis d'éteindre ses étincelles, ça me fait mal aux yeux

elle m'donne un crochet du gauche, et du droit, un direct

j'sais plus comment j'm'appelle, des étoiles tournent au-d'ssus d'ma tête

je lui arrache ses ailes, les contes de fée d'viennent contes de rien

il était zéro fois, t'es direct à la fin.

 

 

22 septembre 2006

L’avion

(Ptite connerie, j'ai pas peur en avion moi!)

 

Au ptit matin le taxi

Nous a déposés à Roissy

Déjà j’blêmis qu’est-ce que c’est grand, moi j’préférais Orly

Zêtes sûrs que y’a aucun danger

Pas de mercenaires planqués ?

Là-bas ce mec a un drôle d’air

Il a pas une tronche de touriste

C’est certain’ment un terroriste

Moi je viens pas, je reste à terre

 

 

On peut en mettre des couteaux

Dans ces paquets et ces valises

lames bien cachées sous les manteaux

tranchantes à souhait, que l’on aiguise

 

 

Il va nous prendre en otage

Un vrai carnage, et le pilote

S’éjectera seul du naufrage

Pas de pitié pour tous ses potes

 

 

Même si y’a pas de criminels

Les réacteurs vont exploser

Problème d’équilibre des ailes

Je vois déjà de la fumée

 

 

Et si une fuite de kérosène

Venait à se produire ?

Impossible de rester sereine

Devant l’idée du pire

 

 

Et tout plein de turbulences

De trous d’air, une grosse tempête

Y’a la cabine qui se balance

On va tomber de 800 mètres

 

 

J’suis dans la salle d’embarquement

On appelle les passagers

Si j’veux y aller c’est maintenant

Bon ben, courage, j’vais pas flancher

 

 

Je regarde l’hôtesse,

Faire la démonstration

Les masques à oxygène

Tirer sur les cordons

 

 

J’attache bien ma ceinture

Parée pour l’aventure

Mais le pilote vient d’annoncer

«le départ prendra du rt’ard, veuillez patienter »

Et voilà deux heures ont passé,

Et l’oiseau n’a pas décollé

sans réfléchir, d’un bond,

je saute hors de l’avion

 

 

j’ suis bien arrivée, à destination…

celle que j’n’avais jamais quittée…

 

 

 

 

 

 

Kaïros

Souvenir de khâgne: pour doos

Elle est née sur une page 

Une feuille blanche à remplir

Dérive loin dans la marge

Et encore c’est pas le pire…

Elle crie en noir, entre les lignes

C’est plein de fautes d’orthographe

Elle dispose des tas de signes

Distinctifs dans les paragraphes

 

Et c’est vague, c’est mal dit,

Contresens du fil directeur

Y’a pas d’Ariane, dans sa copie,

Pour hiérarchiser ses peurs

Dès l’intro, accident d’syntaxe

Phrases tordues, dans l’mauvais sens

Ca continue dans l’deuxième axe

Elle va sortir en avance

 

Y’a pas de moment propice, pas d’instant opportun

Pour savourer des délices, qui n’reviendront pas demain

Pas de kaïros, sinon la rouille, change le carrosse en citrouille

Petite fée, Carabosse, t’as la trouille

Hors des sentiers, hors-la-loi,

Pas dans le corps de son sujet

Attendre plutôt qu’il vienne à soi

Comme le bonheur, on n’sait jamais…

Tout ça ce n’sont que des prétextes

Pour n’pas faire sa dissertation

Elle c’est plutôt dans l’paratexte

Qu'elle s'exprime sans hésitations

Impossible de rédiger, cette maudite conclusion

Y'a pas de fin, vous me direz

Même si elle soigne, les transitions,

Elle n'a en fait rien commencé…

     

 

Dans le métro

 

Dans le métro, des claustrophobes, des égarés, des très pressés

Mais en tout cas, un seul mot d’ordre, ne surtout pas se regarder

  Dès que se ferment les portes, on craint de commettre l’erreur

Alors, serrés, dans la cohorte, nos regards se posent ailleurs

Certains lisent, d’autres murmurent, y’a pas plus sourds que tous ces murs

« une ptite pièce, ou un ticket restaurant » viennent troubler la quiétude mais…

personne n’entend.

On fixe un point dans le vague l’autocollant « ne pas fumer »

les étiquettes, le moindre tag sont sur-analysés

 Ah ça y est le mal est fait y’en a un qui me dévisage

de haut en bas, c’est indiscret mais ça anime mon voyage

Ils ont mis des poèmes affichés pour l’été

Sans doute que les gens les apprennent et font ce silence…juste pour se les réciter

un dernier couplet, pour terminer la chanson ,pour le dernier métro, un ultime wagon

5 heures plus tard, 2 heures du mat dans les couloirs souterrains, tunnels obscurs

des affiches plein les murs

sortir par là, par l’escalier…un peu plus j’allais étouffer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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